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TRANSFORMER LA SOCIETE PAR LE VERBE

A la lecture de l’article d’Etapes sur le projet de diplôme de Tristan Bartolini, j’ai voulu en savoir plus sur un sujet que nous côtoyons quotidiennement. Entre réalité et actualité, retour sur le principe et les enjeux de l’écriture inclusive.



Un travail sur la langue et une prise de conscience


Le langage épicène, la rédaction épicène, le langage neutre ou le langage dit «non sexiste» est un ensemble de règles et de pratiques qui cherchent à éviter toute discrimination sexiste par le langage ou l'écriture. Cela se fait à travers le choix des mots, la syntaxe, la grammaire mais aussi la typographie comme dans le cadre du projet d’études de Tristan Bartolini.

Un style épicène tend ainsi à éviter une discrimination, perçue comme étant forcée par les normes imposées de la langue, entre les genres masculin et féminin. Ce travail sur le langage est aussi une prise de conscience de la manière dont la langue française participe de la relégation des femmes.

La portée de l’écriture inclusive est quant à elle plus large en poursuivant un objectif d’inclusion : ne pas choisir entre le féminin et le masculin mais également ne pas catégoriser les personnes selon leur genre. Elle vise alors à éviter toute autre discrimination, comme celles liées aux situations de handicap, à l'âge et à l'origine ethnique.



Une évolution perpétuelle du langage


Contrairement à ce que l'on pourrait croire, le travail et la recherche sur le langage épicène ne date pas de nos années 2000. Il y a 30 ans (décret du 29 février 1984), en France, un premier mouvement a conduit à la féminisation des noms de fonctions, de métiers, de titres et de grades. Il visait à «apporter une légitimation des fonctions sociales et des professions exercées par les femmes» et est parvenu à imposer, dans les usages et jusque sous la coupole de l’Académie française l’emploi de formes féminines qui ont été tantôt créées (une ingénieure, une sapeuse-pompière), tantôt réhabilitées (une autrice, une officière) ou tantôt simplement plus largement diffusées (la présidente, la sénatrice).

Cette première prise de conscience a permis de faire évoluer la langue française de manière à terme non pas à féminiser les mots mais user des mots féminins à côté et de la même manière que les noms masculins dans les textes.



Utiliser les noms propres des femmes comme on utilise ceux des hommes.

Ne pas utiliser le prénom d’une femme lorsqu’on utilise le nom de famille d’un homme, par exemple dans un débat politique (ne pas dire «Ségolène contre Sarkozy», ni «Ségo contre Sarko»). Faire de même pour les noms communs (ne pas dire «les filles de la Fed Cup» et «les hommes de la Coupe Davis»).



Plus largement, il ne faut pas oublier que la langue française comme tout les langages humains a toujours dû faire face à des évolutions, des modifications, des ajouts au gré de l'évolution de la société et des enjeux politiques. Au 16ème siècle, l'ancien français du Moyen-Age lui-même issu du latin (mais aussi au gré des migrations et des conflits) vers une langage plus adapté à ce que les historiens ont appelé la Renaissance. Et là aussi des ordonnances ont inscrit dans la loi de nouvelles règles d'écriture et de vocabulaire.



Les 3 volets de l’écriture inclusive


  1. Accorder en genre les noms de fonctions, grades, métiers et titres Exemples : « professeure », « présidente », « agente », « écrivaine », etc.

  2. Bannir les expressions sexistes et ne plus employer les antonomases du nom commun « femme » et « homme » Exemple : « droits humains » plutôt que « droits de l’Homme »

  3. User du féminin et du masculin par la double flexion, l’épicène ou le point milieu (médian) Exemples : « elles et ils partent », « les élèves », « les délégué·e·s de la classe », etc.

Sur ce point, pour contourner à la fois le masculin et les doublets, on peut recourir à des mots épicènes (qui ont la même forme aux deux genres) : les profs et les titulaires d’un abonnement, par exemple, au lieu de les enseignants et les abonnés… , préférer les noms collectifs : le corps enseignant au lieu de les enseignants ; la population migrante pour les migrants… ou des formulations sans marque de genre : Si vous déposez votre candidature, on vous informera… est préféré à Les candidats seront informés…

Les partisans de l’écriture inclusive proposent aussi des néologismes pour fusionner en une seule forme un mot au masculin et un mot au féminin : toustes pour tous et toutes ; iels pour ils et elles ; agriculteurice pour agriculteur et agricultrice

Mais il reste normal de se poser la question de notre interprétation de ce masculin inclusif. Comparons les exemples évoqués ci-dessus avec l’annonce en gare Les voyageurs pour Paris doivent se rendre sur le quai 3. Le masculin de voyageurs occulte-t-il vraiment la présence de femmes ? Imaginons-nous vraiment lorsque nous recevons l’annonce que les voyageuses devraient aller ailleurs ? Et pour rendre les femmes visibles, doit-on vraiment dire les voyageurs et les voyageuses ou les voyageureuses ? Dans "Les lecteurs doivent rapporter les livres empruntés ; Les étudiants sont en période d’examen", on désigne évidemment, à travers les mots lecteurs et étudiants des groupes mixtes, composés d’hommes et de femmes.

Pour les détracteurs de cette règle, c’est, notre connaissance du monde qui nous guide dans cette interprétation englobante du masculin. Le masculin est alors inclusif, il permet de désigner des ensembles mixtes, et il en est ainsi depuis la naissance du français. Autrement dit, c’est aussi dans une analyse très sommaire du fonctionnement de la langue qu’on peut penser que le masculin grammatical renvoie systématiquement à des hommes seulement.



Pour aller un peu plus loin, il convient aussi d’appliquer la règle de proximité qui permet d’effacer la règle de grammaire selon laquelle, au pluriel, « le masculin l’emporte sur le féminin ». Ainsi, il sera possible d’écrire et de lire « Les lecteurs et les lectrices sont contentes. ». Une autre variante, celle de l’accord de majorité.

S’il y a plus de membres de sexe féminin, il sera permis d’accorder de la manière suivante : « Tes filles et ton garçon sont belles. »

Sur ce point de l'accord, la loi française n'a pas encore tranché e

t le débat est toujours en cours.




Inclure sans exclure


Sujet qui suscite la controverse, l’écriture inclusive serait une lutte contre les stéréotypes sexistes pour certain·e·s et une déformation de la langue française pour d’autres.


Dans les trois volets distingués, les intentions des partisans de l’écriture inclusive sont dictées par un même souci d’assurer une meilleure égalité des hommes et des femmes. Dans les deux premiers, les changements linguistiques souhaités ne rencontrent pas de réels obstacles, si ce n’est la résistance habituelle de beaucoup aux innovations.

Dans le troisième, en revanche, le projet démocratique se heurte à un autre objectif tout aussi démocratique : assurer un accès égal de tous, femmes et hommes, petites filles et petits garçons, à la pratique de la langue. Or, en voulant atteindre le premier, on risque sérieusement de handicaper la poursuite de l’autre. Inclure sans exclure, serait-il si difficile?



Sources

Wikipédia - The conversation

Pour aller plus loin

Mots-clés, le site de l’écriture inclusive

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