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"Le Dernier Cri" - Rétrospective Alain Le Quernec au Centre du Graphisme d'Echirolles

Pour découvrir ou redécouvrir l'oeuvre foisonnante et irrévérencieuse d'Alain Le Quernec, allez faire un tour au Centre du Graphisme d'Echirolles jusqu'au 26 janvier 2020. La rétrospective est non seulement très riche mais elle permet surtout de mieux appréhender la modernité et la puissance du travail de l'artiste. Il interpelle, il hurle parfois (le titre de la rétrospective en ai la preuve), il met mal à l'aise mai il fait toujours sens.

Affichiste ? Le mot est démodé. Graphiste ? Le mot est trop technique. Artiste ? Le mot est trop prétentieux. Publicitaire ? Pas d’insulte, s’il vous plaît ». La maxime trouvée par ALQ il y 25 ans pour parler de son métier, trône fièrement dans la salle d’exposition du Centre du Graphisme. Elle avertit le visiteur sur la teneur de ce qu’il va voir. Loin d’un design graphique moderne, terme trop technique et pluri-disciplinaire pour lui, le travail d’Alain Le Quernec l’est encore plus de l’acte publicitaire, dont la logique lui est complètement étrangère. Ses thèmes de prédilection sont davantage tournés vers les questions sociales, culturelles, politiques et écologiques. Ce sont d’ailleurs ces deux dernières qui occupent la majeure partie de la première salle d’exposition.

Le détracteur de la droite

Pour celui dont l’art consiste en la manipulation des symboles, la politique semble être un sacré terrain de jeu. Le portrait de Nicolas Sarkozy réalisé avec des pièces de lego en est un exemple de choix. L’affiche, affublée du logo modifié du parti de droite de l’époque, l’UMP, par la mention EGO, met en exergue deux facettes contradictoires du personnage. Le comportement égotique de Sarkozy est contrebalancé, voir ridiculisé par l’usage du lego, pièce réutilisable à souhait. Il souligne ainsi le caractère interchangeable des hommes politiques, qui plus est des présidents de la République.

Aux côtés de Sarkozy, trônent un Chirac en bonnet d’âne tricolore après sa bourde de 1997 (une dissolution défavorable de l’Assemblée nationale) et une affiche comme un message d’alerte, impossible à produire aujourd’hui et ô combien prémonitoire : « Attention ! Au début, Hitler faisait rire ». Publiée en 1987, cette caricature du dictateur allemand averti de la montée de l’extrême droite suite à l’obtention de quelques sièges à l’Assemblée nationale. On connaît la suite de l’histoire. Et que dire de celle plus récente d’un Donald Trump bâillonné par un X, dernière lettre du mot PAX ? Mettre fin à ces logorrhées inutiles serait en effet un bon début.

Homo-ecologicus avant l’heure

C’est aussi l’engagement écologique et social d’Alain Le Quernec qu’a choisi de montrer le Centre du Graphisme. La série « Remember Amoco », du nom de la marée noire qui frappa les côtes bretonnes en 1978, est ainsi exposée. En 4 affiches, sobres et puissantes, ALQ rappelle aux Bretons le souvenir de cette catastrophe écologique et la colère contenue qu’elle suscite encore.

La création réalisée en 1990 pour la quinzaine de l’environnement de Montluçon est sans doute la plus marquante. Cette empreinte de main entourée d’un amas de détritus, en fait des logos et icônes, résonne avec notre actualité. La force d’Alain Le Quernec est ici d’utiliser les codes du monde moderne et l’iconographie publicitaire pour signifier à la fois la pollution et ses coupables. L’empreinte, référence aux silhouettes de mains laissées par les hommes préhistoriques sur les parois des grottes, devient ainsi le témoin de la présence de l’homme moderne. Une présence symbolisée également par le jaune, couleur de l’ego et de la trahison faite à la terre. Le Quernec ramène ainsi l’homme à sa condition passagère, futile, furtive à l’échelle du temps, mais qui pourtant peut laisser des traces indélébiles.

La fidélité à la Culture

Les travaux de commandes d’Alain Le Quernec furent tout aussi nombreux, notamment pour le domaine culturel, avec lequel il a entretenu des relations fidèles. Les affiches exposées permettent d’apercevoir une autre composante de son travail. Destinées à être montrées dans la rue, zone d’expression populaire par excellence, elles deviennent le lieu d’un questionnement : comment utiliser l’affiche pour parler d’art ? C’est-à-dire comment rendre compte d’une expression artistique complexe sur un espace de communication restreint, sans paraître trivial ? Alain le Quernec choisi de ne pas choisir. Comme le souligne Vanina Pinter dans un ouvrage à paraître bientôt aux éditions Locus Solus: « Ses affiches liées au registre culturel questionnent insidieusement le bon goût. En composant une oeuvre parsemée d’hybrides, il détermine un souhait à ne pas départager ce qui pourrait être du ressort (la composante) de la belle image de ce qui pourrait être grossier ». En résulte alors des objets étranges, ou encore une fois, il mélange les codes et les symboles, la culture classique et populaire : « … il malmène les distinctions hiérarchique entre les classes sociales des images. Ses malversations sur des oeuvres de maîtres témoignent d’une affection et, par le montage, la trace de la coupure, la volonté d’affirmer un espace de non-conformité ». Et cet espace de non-conformité, c’est bien de l’affiche dont il s’agit.


On sort de cette exposition avec l’impression de connaître un homme, ses convictions, sa façon de penser, son regard sur le monde. C’est peut-être vrai, tant il semble qu’Alain Le Quernec ne souhaite pas séparer l’homme du graphiste. Mais finalement, il est tout à fait possible que ce soit l’inverse, qu’il nous ai compris, peut être instinctivement d’ailleurs. Il y a plusieurs explications à cela : son sens de la dialectique image/texte, son acuité quant à l’utilisation des symboles et des signes, son sens de l’humour et de la dérision, son intransigeance, sa liberté… Il y a surtout chez Alain Le Quernec une compréhension parfaite de son médium. L’éphémère de l’affiche la confine à l’immédiateté et son lieu d’exposition oblige son créateur à l’effacement et l’humilité. « Poster Is Paper » comme dirait son auteur.

Article d'Etapes

Du Dernier Cri, Jusqu’au 26 janvier 2020 Au Centre du Graphisme d’Échirolles, 1 Place de la Libération

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